Portrait stylisé de l'auteur Jacques-Pierre Amée dans une teinte orangée

Jacques-Pierre Amée est né à Dakar en 1953 et chemine depuis entre plusieurs appartenances.

Installé aujourd’hui en Nouvelle-Écosse, la première Acadie, il demeure attentif aux lieux et aux voix qui traversent la francophonie.

Poète, romancier, peintre et plasticien, il a toujours cherché à avancer en liberté. Son parcours, fait de nomadisme et de métiers variés, nourrit une œuvre où la vive curiosité – alliée au choix de l’indiscipline – devient une manière d’être au monde.

Lui écrire

« Il est rare de rencontrer un esprit vraiment original. Je crois que Jacques-Pierre Amée en est un, d'une originalité sans pose, involontaire sinon inconsciente. »

— Yves Berger, écrivain et ancien directeur littéraire des Éditions Grasset, dans une note de lecture du Butor étoilé

Comme homme

ROMAN

Zo et Zach.

Elle est noire et sans main droite. Il est bientôt clown. 

Un chalet, si exigu, où ils se serrent tous les deux, où ils prennent soin, encore, du souvenir de Jeff, un très proche ami. C'est la fin de la nuit. 

Le sort tragique d'une adolescente, en Haïti, obstrue brusquement tout le présent de Zo, qui s'engage alors dans un curieux tête-à-tête. Comment les vies, les histoires, s'assemblent-elles, se déchirent, se recousent ? 

Le ciel est plein de pierres

ROMAN

Toute vie s'achève et toute vie a son début. Chacune a son ressort, son jeu, ses cachettes.

Graham Rouge, photographe animalier, habite seul dans le haut d'un gros village, entre montagne et plaine. Ce qui survient dans son entourage proche, un hiver, en l'espace de quelques heures, le bouleverse. Malheur, bonheur : implacable symétrie ?

Mû par un sentiment d'urgence, Graham s'engage à rebours sur les traces de chacun (en Jura comme en Asie, au Québec, au Mali...) et tire les fils de la mémoire – mais toute vérité doit-elle se faire jour ?



✸ Sélection 2012-2013

LE ROMAN DES ROMANDS

Le Butor étoilé

ROMAN

Zach quitte sa première vie et trouve refuge à « La Za », un hameau perdu sur une montagne fissurée. Tout s'y avère précaire ou hasardeux, mais Zach y fait la rencontre d'une petite fille qui lui pose beaucoup de questions, puis de Greg, son voisin, et enfin de Mina, une jeune femme de la plaine. Se crée entre ces quatre-là une réelle intimité. Un après-midi, Mina invite Zach et la petite à observer dans les marais, en bas, un Butor étoilé...

Vingt ans plus tard, Zach s'efforce de raconter « La Za » et ces quelques heures durant lesquelles tout a basculé... Il doit se libérer d'un secret.


✸ Sélection 2009-2010
LE ROMAN DES ROMANDS

✸ Finaliste
PRIX MICHEL-DENTAN

✸ Le livre dont on parle en ville
LA LIBRAIRIE FRANCOPHONE

✸ Le livre du mois
LE CULTURACTIF SUISSE

✸ Les meilleurs romans de la rentrée
PAYOT-L’HEBDO

Quand j’avais dix-sept ans*

Je croyais que je n’allais pas vivre bien longtemps. 

Comment, à cette époque, imaginer que j’écrirais ceci plusieurs décennies plus tard, un beau matin de juillet, en territoire acadien au bord de l’océan ? Comment, à cette époque, me frotter avec espoir à la lancinante question : comment vivre  auprès de qui ?

Je crois me souvenir que j’étais beaucoup trop sérieux. Intransigeant.

Je m’étais pourtant fié à Rimbaud : 

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans / (...) Le cœur fou robinsonne à travers les romans...

Le mien, de cœur, m’inclinait à braconner, à résister, à m’opposer à toute injonction ou recommandation. Il me fallait tourner le dos, les talons, déterrer ce qu’on me cachait, souligner le discrédit qui marquait les choix de la génération précédente, ses prétendues conquêtes.

‍ ‍ Freud, Nietzsche, Mao... éclairaient-ils vraiment la route et le visage des autres hommes, leurs mots, leurs actes ?

Il y avait Sartre, encore. Et Marcuse et Cie.

Mais il y avait la poésie – un fanal, ou une torche, que levaient haut quelques naufrageurs : la Beat Generation, le surréalisme ; et il y avait les peintres, Mirò, Jorn, les idées de Fluxus – les musiciens, ceux du jazz, du blues, Dylan, Cohen, les Stones, les Californiens, John Cage. Tous étaient du côté de l’inutile. Me rapprochaient d’une source perdue, espèce de rythme élémentaire, que j’associais à l’Afrique de ma première enfance. M’offraient un accès à l’art – un accès dérobé, mais largement ouvert.

J’ai trouvé de la force auprès de ces figures (identifiées comme ardentes, indépendantes, novatrices) auxquelles je pouvais, à tort ou à raison, reconnaître une forme d’héroïsme. Elles faisaient peur aux porteurs d’autorité, qui s’extirpaient avec angoisse de l’épisode 68, ne voyaient pas la fin de la « Guerre Froide » et puisaient leur joie dans le profit matériel rapide, n’envisageaient de perspective que dans le triomphe de la science, de l’industrie, des mass-media (on disait mass-media !).

Où pouvais-je repérer des courages, des libertés, sinon dans l’utopie ou telle ou telle équipée rebelle ? Mais c’était bien le programme des adultes qui me semblait chimérique. On pouvait « s’y prendre » autrement. On pouvait aussi s’aventurer différemment dans le chaos de tous les sentiments, de la passion amoureuse. Il fallait qu’on divague, au sens propre. Qu’on déplace... 

Toute voie où mes parents, instructeurs, éducateurs, jugeaient peine perdue de s’engager, je m’y élançais avec enthousiasme. En même temps, à ma façon (et cela tempérait chacun de ces excès, me gardait en vie, tout simplement), j’explorais la pensée chinoise issue du taoïsme et les sagesses amérindiennes (je dis cela trop brièvement !).

Ainsi, peu à peu, me suis-je fait une idée plus attrayante et moins arrêtée, ou moins définie, d’un avenir qu’on me présentait comme la réalité.

Ainsi ai-je confondu, peu à peu, avec le plus grand plaisir, « livre » et « libre ».

Couverture de l'ouvrage collectif Quand j'avais 17 ans, publié en 2019 par Le Roman des Romands

*Ce texte biographique figure dans l'ouvrage collectif Quand j'avais dix-sept ans, publié par l'association du Roman des Romands. 

Dans les médias

Un monde à part

Par Anne Pitteloud
(Le Courrier, 26 septembre 2008)

Lipographies de Jacques-Pierre Amée, publiées dans le recueil Assis sur un coussin noir aux pommes vertes d’Olivier Duval (Éditions du Petit Véhicule, 2019)

C'est une musique étonnante, entêtante, à la fois très simple et terriblement poétique, qui s'échappe du premier roman de Jacques-Pierre Amée (…). Une voix narrative très personnelle qui captive aussitôt, un univers singulier en lien avec une nature mystérieuse, presque magique, une forme à la fois construite et comme organique : Le Butor étoilé touche et séduit. Il faut dire que l'auteur n'est pas vraiment un nouveau venu en littérature : peintre et plasticien né à Dakar en 1953, de nationalités suisse, française et canadienne, Jacques-Pierre Amée se consacre à l'écriture depuis une trentaine d'années, principalement à la poésie – son premier recueil, Hébuternes, a paru en 1975. Il réalise des livres d'artiste avec des poètes et des créateurs œuvrant dans divers domaines (…).

‍ VILLAGE EN SURSIS

Cette double activité plastique et littéraire explique peut-être la teinte originale de sa prose, traversée par un regard qui témoigne d'une attention vive et sensuelle au réel. Dans Le Butor étoilé, une forme de douleur, de rêverie mélancolique et contemplative, s'allie à un jaillissement d'associations très libres, d'images inédites dont la fraîcheur déconcerte et réveille. Enfin, la narration suit un rythme qu'on dirait tellurique – profond, apaisé –, tandis que la structure du récit est subtile, qui tourne autour d'un centre obsédant : cette journée et cette soirée du 31 mai, il y a vingt ans, quand Zach le narrateur, son amie Mina et « la petite » se mirent en quête du Butor étoilé. Autour de ce pivot, la mémoire de Zach ne cesse de faire des allers-retours, à la manière des cercles concentriques que trace l'oiseau pour se rapprocher de sa proie.

Mais reprenons. Le roman s'ouvre alors que Zach attend Mina au bord d'une route, en compagnie de la petite dont les questions déroutantes et l'imagination fertile trouvent en lui un interlocuteur privilégié. Les trois veulent trouver le Butor étoilé : on peut, paraît-il, entendre son cri semblable à un mugissement près des endroits marécageux, avant la tombée de la nuit. Mais l'oiseau est rare, et il a sans doute déjà migré. De fait, l'expédition ratée coïncide avec la fin d'un monde. Disons simplement que c'est le lendemain de cette journée que La Za sera rayée de la carte.

La Za, c'est le hameau où Zach a trouvé refuge alors qu'il fuyait sa vie d'avant – on ne saura pas pourquoi, tout comme on ignorera toujours son nom véritable. Mais à La Za, tout le monde a un surnom : le village est un univers marginal, fait de bric et de broc, étrange et solidaire, perché en haut d'une falaise ébranlée par les secousses de la terre et menacé de destruction par les ingénieurs de la plaine. Zach a pris possession de l'une de ces bicoques tordues, qui évoquent « une fanfare dépenaillée, de retour de fête, affalée au bord du vide – instruments, hébétude et redingotes sales pêle-mêle sur le bord du chemin, entre le chemin et le précipice, où la musique avait sauté. » Il se liera à Greg, ancien photographe tourmenté, toujours amoureux d'Antoinette, la mère de la petite.

Le récit de Zach navigue entre vie à La Za, conversations avec Greg, incursions dans le passé et retours sur cette quête du Butor, qui devient quête de Mina disparue et s'achève en pleine tempête nocturne. C'est vingt ans plus tard que Zach écrit son histoire pour la léguer à la jeune Noémie, tentant « de sauver quelques fragments de la Za, les faire tourner, même sans chair et sans matière, sous le ciel. » À sa manière cyclique, il tisse peu à peu un dessin cohérent où s'éclairent les relations entre les protagonistes.

POÉTIQUE DE LA FRAGILITÉ

De Zach lui-même, on n'en saura pas beaucoup plus si ce n'est qu'il a avalé un papillon à sa naissance, au moment de pousser son premier cri. Cet événement fondateur lui a laissé une sorte de vacillement existentiel, qui se traduit aussi par une maladresse physique – en accord avec ce hameau branlant voué à disparaître. « Il n'y a pas grand chose, au fond, que je connaisse vraiment... Un savoir dont je puisse faire état ou parler avec n'importe qui, sans aucune hésitation, sans la moindre incertitude. Indiquer un chemin de façon précise est pour moi hors de portée, même si le chemin m'est familier. »

Sa manière d'être au monde est celle du vagabondage, de l'errance, propices au regard poétique. À travers ses yeux, montagne, village, ciel, humains et animaux émergent dans l'entier de leur mystère, comme vus pour la première fois. Ils sont reliés à une dimension plus vaste – celle de l'imaginaire, des émotions et d'un questionnement métaphysique également nourri par les questions de la petite. Sa naïveté est philosophe, et Amée excelle à recréer le rythme, l'esprit et la syntaxe des phrases enfantines. Au final, c'est toute une poétique de la fragilité qui s'esquisse dans ce Butor étoilé.

« Ce qui compte réside dans le regard, dans le ton. Extrême détachement, qui coexiste avec une extrême attention au monde, aux choses, aux animaux. »

— Yves Berger, écrivain et ancien directeur littéraire des Éditions Grasset, dans une note de lecture du Butor étoilé

✸ À venir : Cinq serpents (roman)

✸ À venir : Feint défunt (poésie et photographies), en duo avec Denis Matthey-Claudet

✸ À venir : Cinq serpents (roman) ✸ À venir : Feint défunt (poésie et photographies), en duo avec Denis Matthey-Claudet

Écrits*

  • *Choix d’ouvrages publiés depuis 1996 comme écrivain.

  • Quand j’avais 17 ans
    (ouvrage collectif)

    Le Roman des Romands (Suisse), 2019

  • Comme homme
    (roman)

    Infolio Éditions (Suisse), 2016

  • Le Petit Chaperon rouge
    (conte)

    Textes de Charles Perrault et des frères Jacob et Wilhelm Grimm, illustrations de Joanna Concejo, préface de Jacques-Pierre Amée
    Notari (Suisse), 2015

  • Cet ours est sourd
    (poésie)

    Partition pour piano de Daniel Fuchs
    Le dans l’eau (Suisse), 2015
    Tirage limité

  • Gouache rouge
    (poésie)

    Papiers du fo (Suisse), 2014
    Tirage limité

  • Tratratratra, Hippop et le chat qui sort du sac
    (théâtre)

    Le dans l'eau (Suisse), 2012
    Tirage limité

  • L’ivre
    (poésie)

    Photographies de Denis Matthey-Claudet
    Éditions de la Caille (Suisse), 2011

  • Le ciel est plein de pierres
    (roman)

    Infolio Éditions (Suisse), 2011

  • Aucun ciel
    (poésie)

    Estampes de Anne-Charlotte Sahli
    Éditions de la Caille (Suisse), 2010

  • Que carriole
    (poésie)

    Hippolychromies et hippolyphonies du Groupe à pied
    Papiers du fo (Suisse), 2009

  • Ah quel chemin te fête
    (poésie)

    Partition pour piano de Daniel Fuchs et polygraphies du Groupe à pied
    Le dans l'eau (Suisse), 2009

  • Le Butor étoilé
    (roman)

    Infolio Éditions (Suisse), 2008

  • Cœur battant beaucoup trop fort
    (poésie)

    Mercurochromes de Pierre-Alain Mauron et libres sons de Luc Fuchs
    Papiers du fo (Suisse), 2008

  • Main fait nid
    (poésie)

    Encres de Anne-Charlotte Sahli
    Éditions de la Caille (Suisse), 2007

  • Le jour et la nuit
    (poésie)

    Encres de François Favre
    Éditions de la Caille (Suisse), 2007

  • Arbre debout, arbre coupé
    (poésie)

    Estampes de Anne-Charlotte Sahli
    Éditions de la Caille (Suisse), 2005

  • L’Illinois
    (poésie)

    Encres de Pierre-Alain Mauron
    Papiers du fo (Suisse), 2003

  • La course, le saut
    (poésie)

    Dessins de Gaspard Delachaux
    L’Hypoténuse Éditions (France), 1998

  • Sarrasins
    (nouvelle)

    Dans le cadre de l’ouvrage collectif Ça s’est passé en Haute-Provence
    Éditions Autres Temps (France), 1997

  • L’Intérieur des figures
    (poésie)

    Dessins de Francine Simonin
    Papiers du fo (Suisse), 1997

  • Malmener les oiseaux
    (poésie)

    Encres de Francine Simonin
    Éditions du Rouleau Libre (France), 1996
    Traduit en italien par Rachel Gasser

Autres*

  • *Choix d’ouvrages publiés comme peintre et plasticien.

  • Assis sur un coussin noir aux pommes vertes

    Texte d’Olivier Duval, lipographies de Jacques-Pierre Amée
    Éditions du Petit Véhicule (France), 2019

  • Paronomasies

    Texte de Fabienne Yvert, dessins de Jacques-Pierre Amée
    Comme sur des roulettes (France), 1997

  • Dans le sillage d’Icare

    Texte de Françoise Ascal, dessins de Jacques-Pierre Amée
    Éditions Cirrus (France), 1997

  • Plaine chemins

    Texte d’Alice Cochand, dessins de Jacques-Pierre Amée
    Éditions Cirrus (France), 1997